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Dossier Politique / cultures & internet  
 
   

  CULTURES
  
&  INTERNET 

Depuis le 1er juillet et jusqu'au 31 d�cembre 2001, la Belgique pr�side le Conseil des Ministres de l'Union europ�enne.  Plusieurs journ�es d'�tude et colloques portant sur la culture et les enjeux culturels ont �t� organis�s avec la participation d'hommes politiques.  Le magazine IDEARTS a saisi l'occasion pour demandEr aux ministres de s'exprimer sur l'enjeu que repr�sente internet au niveau culturel. Nous leur avons demand� de partager leurs points de vue, leurs craintes, d'�voquer leurs actions et leurs projets...

Dossier sp�cial consacr� � la politique en Communaut� Fran�aise en mati�re de promotion de l'art et de la culture via les nouvelles technologies.

   Art, culture et nouveaux m�dias, quelles politiques ? 
  

  CHARLES PICQUE  (Ministre de l'Economie)

INTERNET ET CULTURES

  
  
En quoi les technologies nouvelles peuvent-elles participer et enrichir la citoyennet� ? 

- Avant tout, j'aimerais f�liciter l'�quipe de "ID Culture" pour la qualit� de leur site. Le succ�s de cette initiative prouve que ce genre d'offres r�pond � un besoin r�el du public.
On ne dira jamais assez l'extraordinaire pouvoir qu'a Internet de tisser des liens sociaux entre personnes, entre nations, entre cultures, la fantastique capacit� qu'a ce r�seau mondial de multiplier les opportunit�s de rencontres, de d�cloisonner les savoirs, le fantastique moyen d'expression humaine qu'il constitue.
 

Assistera t-on bient�t � une dualisation de la soci�t� par la technologie ? 
- Bien entendu, il ne faut pas sombrer dans un optimisme b�at. Un "foss� num�rique" s�pare aujourd'hui les "infos-riches" et les "infos-pauvres". Ce foss� est multidimensionnel: il s�pare les pays riches et les pays pauvres, et � l'int�rieur de chacun de ces ensembles, les diff�rentes cat�gories sociales. On peut parler d'un foss� interg�n�rationnel et d'un foss� socioprofessionnel.
Je crois pourtant qu'il n'y a l� aucune fatalit� : je suis convaincu qu'une soci�t� ax�e sur la connaissance peut �tre beaucoup plus "int�gratrice" qu'une soci�t� ax�e par exemple essentiellement sur le capital financier. Le capital de connaissance peut en effet �tre transmis sans que son possesseur ne s'appauvrisse. Une soci�t� de la connaissance peut donc devenir assez naturellement une soci�t� du partage.
 
Quelles sont les politiques � mettre en oeuvre ? 

- Pour que chacune et chacun puisse profiter des opportunit�s offertes par cette soci�t� de la connaissance, l'Etat me semble devoir remplir deux missions essentielles : outre son r�le traditionnel de r�gulation (cr�ation d'un environnement juridique propice aux �changes "on-line"), l'Etat doit s'atteler � la promotion des nouvelles technologies de l'information et de la communication.  Je ne me suis donc pas content� de r�glementer l'usage de la signature �lectronique ou de d�finir le cadre juridique du commerce �lectronique. J'ai �galement organis� des actions de promotion des NTIC, qui ont pris la forme de "road shows". Ceux-ci consistaient en spectacles interactifs destin�s � convaincre les gens de l'int�r�t de se connecter � Internet. Le premier "road show" a parcouru 128 villes du pays et a accueilli 55.000 visiteurs. Le second, cibl� sur les jeunes inscrits en 2�me ann�e secondaire, avait pour objectif de persuader les �l�ves de l'importance de se familiariser avec les nouveaux m�dia et des multiples opportunit�s d'emplois que les NTIC g�n�rent. J'ai �galement fait publier plus de 100.000 guides � destination des utilisateurs d'Internet.
Si j'insiste autant sur le probl�me de la fracture num�rique et sur les moyens mis en oeuvres pour la r�duire, c'est parce que je refuse de me r�jouir des progr�s techniques tant qu'ils ne sont pas mis � la port�e du plus grand nombre.
 

Comment arriver � une plus grande diversit� culturelle ?
- Le th�me sur lequel vous me proposez de r�agir ("Internet et cultures") pose bien d'autres questions. L'apparition de l'"e-book", par exemple, bouleverse la cha�ne du livre. Les diff�rents maillons de cette cha�ne �taient l'�crivain, l'�diteur (et l'imprimeur), le distributeur, le d�taillant et le
lecteur. Dans le cas d'un livre publi� sur Internet et t�l�charg� sur "e-book", la cha�ne est compos�e d'un �crivain, d'un "�diteur en ligne", d'un "fournisseur d'acc�s" et du lecteur. L'"�diteur en ligne" et le "fournisseur d'acc�s" se partagent donc les fonctions d'�diteur, de distributeur et de d�taillant. Il faut prendre la mesure de ces changements et faire en sorte qu'ils conduisent � une plus grande diversit� culturelle, � un acc�s plus facile � la culture. Outre la question du foss� num�rique, il convient par exemple de r�fl�chir au probl�me de la r�mun�ration des cr�ateurs et des interm�diaires, ainsi qu'� celui du professionnalisme des "�diteurs en ligne".

A mon avis, Internet ne formera jamais l'unique m�dium culturel. Je ne crois pas � la disparition des librairies, du livre traditionnel, des journaux, des expositions et des conf�rences. En �conomie, on dirait par exemple que l'utilit� marginale du livre pour le lecteur ne baisse pas lors de l'achat d'un titre, au contraire. Donner un nouveau moyen d'acc�s au livre ne prive aucunement les circuits traditionnels de client�le. Le march� culturel n'est pas in�lastique.
Il faudra donc trouver un �quilibre entre ces diff�rents modes d'acc�s � la culture. Leur multiplication est souhaitable � condition que le d�veloppement de l'un ne se fasse pas au d�triment de l'autre. En tout cas, il faut veiller � ce qu'Internet ne devienne pas le seul vecteur de certains contenus culturels avant que chacun ait acc�s au r�seau. Trouver cet �quilibre me semble un des grands d�fis que doivent relever les pouvoirs publics dans les ann�es qui viennent.
 
Quels sont les apports essentiels d'internet ?
- Si j'ai tenu � mettre au pluriel le mot "cultures" dans le titre de cet article, c'est qu'Internet � l'immense vertu de donner leur chance � toutes les cultures, � toutes les opinions, m�me minoritaires. Je vois Internet comme un correctif possible aux ravages caus�s par une certaine mondialisation, synonyme de nivellement, d'uniformisation, de disparition des cultures minoritaires, de pens�e unique. Internet comporte, certes, le danger d'un repli sur soi (constitution de communaut�s virtuelles ferm�es, diminution des contacts sociaux r�els), celui d'une nouvelle "dualisation" de la soci�t�, mais il peut aussi devenir un lieu de brassage des nationalit�s, d'enrichissement mutuel des cultures.

Charles PICQU�
Ministre de l'Economie

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