Abolir la dette ?
Depuis plusieurs d�cennies, les populations du Sud sont �cras�es par le
poids d'une dette dont ils n'ont pas profit� et qui leur interdit tout d�veloppement.
Dans les ann�es 60 et 70, les banques du Nord, qui disposent d'�normes liquidit�s
en dollars, poussent les pays du Tiers-Monde � s'endetter. Ceux-ci, suite aux
ind�pendances en Asie et en Afrique d'une part et � l'industrialisation de
l'Am�rique latine d'autre part, acceptent ces capitaux faciles. Pour faire
face aux remboursements, ils privil�gient les productions pour l'exportation
(caf�, cacao, th�, bananes, sucre, coton, bois, p�trole, minerais, etc.) au
d�triment des cultures vivri�res destin�es aux populations locales, quitte � �puiser � un
rythme acc�l�r� leurs ressources naturelles, voire � causer des d�g�ts quelquefois
irr�parables � l'environnement. Tr�s vite, ces biens primaires deviennent surabondants
sur le march� mondial, et les cours se sont effondr�s au tournant des ann�es
80.
Parall�lement, fin 1979, alors que ces emprunts ont �t� contract�s en dollars
et � des taux d'int�r�t faibles mais variables, la d�cision am�ricaine d'augmenter
fortement les taux d'int�r�t oblige du jour au lendemain les pays du Sud � rembourser
trois fois plus d'int�r�ts.
La situation devient vite intenable : les sommes � rembourser augmentent et
les revenus s'amenuisent. Le pi�ge se referme.
Pour se procurer les sommes gigantesques n�cessaires depuis lors, les pays
en d�veloppement se trouvent donc contraints d'emprunter de nouveau : la spirale
infernale s'enclenche. D'autant plus qu'une grande partie des sommes emprunt�es
a �t� d�tourn�e par des r�gimes autoritaires et corrompus et que les projets
financ�s malgr� tout sont largement inadapt�s ou pharaoniques. Ainsi les emprunts
ont rarement b�n�fici� aux populations qui pourtant doivent se saigner pour
les rembourser.
L'instauration d'une domination subtile
En �change d'un peu d'oxyg�ne financier imm�diat, le Fonds mon�taire international
(FMI) prend le contr�le des �conomies des pays du Sud et leur impose des coupes
sombres dans les d�penses publiques (�ducation, sant�, logement, infrastructures,
etc.), des privatisations massives au profit des grandes entreprises du Nord,
une lib�ralisation totale de l'�conomie. Ce sont les fameux plans d'ajustement
structurel, que de nombreux pays en d�veloppement sont contraints d'accepter.
Bris�s par l'�tau de la dette, ils sont contraints de sacrifier le secteur
social, de livrer leur �conomie aux soci�t�s transnationales et de brader leurs
richesses. Chaque ann�e en Afrique, plus de 38 % du budget
vont au remboursement de la dette, soit moins qu'aux d�penses de sant� et
d'�ducation r�unies. Voil� pourquoi les droits humains fondamentaux ne sont
pas garantis sur cette plan�te.
Pourquoi ne pas annuler la dette ?
Le capital de la dette a d�j� �t� rembours�e 8 fois et il doit encore �tre
rembours�e 4 fois, et cela ne finira jamais car cela permet aux cr�anciers
du Nord de contr�ler le Sud, de l'asservir.
C'est bien le Sud qui aide le Nord...
Alors que chaque ann�e, le Tiers Monde consacre plus de 370 milliards de dollars
au remboursement de sa dette ext�rieure (c'est moins que le total des d�penses
militaires des seuls Etats-Unis pour 2004), 80 milliards de dollars par an
pendant 10 ans suffiraient � garantir aux populations l'acc�s universel � l'�ducation
primaire, aux soins de sant� de base, � l'eau potable et � une alimentation
d�cente.
Pourtant l'h�morragie de capitaux continue : pour 1$ d� en 1980, le Tiers-Monde
a rembours� 8$ mais il doit encore 4$.
Le remboursement de la dette s'est donc transform� en un puissant m�canisme
de transfert de richesses du Sud vers les d�tenteurs de capitaux du Nord, les
riches du Sud pr�levant leur commission au passage. Les populations les plus
d�munies s'enfoncent dans une mis�re qui ne pourra �tre �radiqu�e tant que
le m�canisme actuel de la dette existera. En somme, la dette est devenue le
moyen d'une nouvelle colonisation, emp�chant tout d�veloppement humain durable
au Sud. Les politiques appliqu�es par les gouvernements des pays endett�s sont
souvent d�cid�es � Washington, � Londres, � Paris ou � Bruxelles, par les cr�anciers.
L'initiative d'all�gement de dette, lanc�e en fanfare par le G7, le FMI et
la Banque mondiale, sous la pression de la plus grande p�tition de l'Histoire
(24 millions de signatures recueillies � la fin des ann�es 90) a montr� ses
limites puisque cela n'a abouti qu'� un r��chelonnement de celle-ci, et des
all�gements, mais trop partiels et de toute fa�on insuffisants... Une approche
radicalement diff�rente doit �tre envisag�e : l'annulation de cette dette immorale
et odieuse (alors que jamais les Africains n'ont obtenu r�paration pour les
vingt millions d'humains victimes de l'esclavage. Ou que jamais les peuples
du Sud n'ont �t� indemnis�s des d�g�ts de la colonisation qui a fond� l'injuste
r�partition des richesses entre le Nord et le Sud.)
Ensemble r�clamons l'annulation totale de la dette ext�rieure publique des
pays du Tiers Monde et l'abandon des politiques d'ajustement structurel.
Damien Millet, secr�taire g�n�ral du CADTM France
Pour en savoir plus : 50 Questions / 50 r�ponses sur la dette, le FMI
et la Banque mondiale, par Damien Millet et Eric Toussaint, �d. CADTM-Bruxelles
/ Syllepse-Paris, 2003. |